Les styles d'attachement expliqués
Cette page définit les quatre styles un par un, retrace d'où vient le modèle, et dit ce que les travaux ont réellement mesuré sur sa stabilité. Elle évite volontairement la formule la plus répandue en ligne, « les évitants font ceci » : ce que décrivent ces travaux est une position sur deux axes, pas une case dans laquelle on entre.
1Quels sont les styles d'attachement ?
Quatre styles sont couramment décrits chez l'adulte. Chacun désigne une manière habituelle de gérer deux choses en même temps : le besoin de proximité et la peur d'en manquer. Les définitions ci-dessous décrivent des mouvements, pas des caractères.
- Sécure : la proximité est confortable et l'autonomie l'est aussi. Demander de l'aide coûte peu, et un désaccord n'est pas vécu comme une menace pour le lien.
- Anxieux, aussi appelé préoccupé : le besoin de proximité est fort et le doute sur la disponibilité de l'autre revient souvent. Les signes d'éloignement sont repérés tôt et pèsent lourd.
- Évitant, aussi appelé détaché : l'autonomie passe devant et la dépendance met mal à l'aise. Les émotions se règlent plutôt seul, et la distance sert d'apaisement.
- Désorganisé, aussi appelé craintif : les deux mouvements coexistent, chercher la proximité et s'en protéger. C'est la description la plus délicate des quatre, et la plus souvent mal employée.
Ces quatre repères se lisent mieux comme les quadrants d'un plan que comme des cases. Les deux axes sont l'anxiété d'abandon, c'est-à-dire la crainte que l'autre s'éloigne, et l'évitement de la proximité, c'est-à-dire l'inconfort face à la dépendance.
| Style | Anxiété d'abandon | Évitement de la proximité |
|---|---|---|
| Sécure | Basse | Bas |
| Anxieux (préoccupé) | Haute | Bas |
| Évitant (détaché) | Basse | Haut |
| Désorganisé (craintif) | Haute | Haut |
2D'où vient ce modèle ?
De l'observation d'enfants d'un an. En 1970, Mary Ainsworth et Silvia Bell publient dans Child Development une procédure au cours de laquelle un tout-petit est séparé de sa figure de référence puis retrouvé, dans une pièce inconnue. Ce sont les retrouvailles, plus que la séparation, qui font apparaître trois manières distinctes de gérer le moment.
Une quatrième description a été ajoutée plus tard pour des comportements conflictuels ou désorientés qui n'entraient dans aucune des trois premières. Un texte de consensus signé par plus de quarante chercheurs, publié en 2017 dans Attachment & Human Development, met explicitement en garde contre son usage : ce classement n'est pas un repère validé au niveau individuel, il ne suffit pas à établir quoi que ce soit sur l'histoire d'un enfant, et sa sensibilité comme sa spécificité sont insuffisantes pour cet usage.
Le passage à l'adulte date de 1987, avec l'article de Cindy Hazan et Phillip Shaver dans le Journal of Personality and Social Psychology, qui propose de lire la relation amoureuse comme un lien d'attachement. Le modèle à quatre cases, lui, est proposé en 1991 par Kim Bartholomew et Leonard Horowitz, à partir de deux axes : la représentation de soi et la représentation des autres.
Une dernière étape explique pourquoi il vaut mieux parler de tendances que de types. En 2000, Fraley, Waller et Brennan réanalysent les questionnaires auto-rapportés d'attachement adulte et montrent qu'ils décrivent mieux deux dimensions continues qu'un jeu de catégories. Autrement dit, la frontière entre deux styles voisins n'existe pas dans les données : c'est un découpage de lecture.
3Un style peut-il changer ?
Oui, et les travaux longitudinaux disent même quelque chose de plus précis. La synthèse de Fraley et Roisman, publiée en 2019 dans Current Opinion in Psychology, tire quatre enseignements de ces suivis, et aucun ne va dans le sens d'un destin fixé.
- L'attachement adulte prend racine dans les expériences précoces de soin, mais ces liens sont faibles et inconstants d'une mesure à l'autre.
- Les styles apparaissent plus malléables pendant l'enfance et l'adolescence qu'à l'âge adulte.
- Les expériences précoces ne déterminent pas les résultats adultes.
- Beaucoup reste à comprendre, notamment les patrons propres à chaque relation plutôt qu'un style unique par personne.
La conséquence pratique est double. D'un côté, un résultat obtenu à vingt ans ne dit pas ce que sera un fonctionnement à quarante. De l'autre, il ne faut pas attendre d'un changement qu'il soit rapide ou spontané : la malléabilité observée est plus grande avant l'âge adulte, ce qui rend le travail plus lent ensuite, pas impossible.
4Que faire de cette lecture dans une relation ?
Le principal usage utile de ce vocabulaire est descriptif : il aide à nommer un enchaînement, pas à désigner un coupable. Le moment où il devient nuisible est facile à repérer, c'est celui où il sert à expliquer le comportement de l'autre à sa place.
- Décrivez une situation précise et récente plutôt qu'un style : ce qui a été dit, ce que vous avez ressenti, ce que vous avez fait ensuite.
- Repérez l'enchaînement plutôt que le point de départ. Une demande de proximité et un besoin de recul se nourrissent l'un l'autre, et chercher qui a commencé ne mène nulle part.
- Formulez un besoin observable, pas un verdict sur la personne : « j'ai besoin qu'on se dise à quelle heure on rentre » se discute, « tu es évitant » ne se discute pas.
- Si le sujet revient et pèse, un professionnel formé à la thérapie de couple ou individuelle travaille précisément là-dessus.
Ce que ce guide ne dit pas
Cette page définit un vocabulaire et retrace son origine. Elle ne traite ni des thérapies, ni des situations de violence dans le couple, ni de l'attachement chez l'enfant au quotidien, et elle ne remplace aucun avis professionnel. Surtout, elle ne décrit pas des types de personnes : les quatre styles sont des repères posés sur deux dimensions continues, ils varient selon la relation considérée et ils évoluent dans le temps. Aucun questionnaire de ce site, y compris celui sur le style d'attachement lié en fin de page, ne permet d'affirmer ni d'écarter quoi que ce soit sur vous ou sur quelqu'un d'autre.
Questions fréquentes
- Peut-on changer de style d'attachement ?
- Oui. La synthèse publiée en 2019 par Fraley et Roisman rappelle que les expériences précoces ne déterminent pas les résultats adultes et que les styles sont plus malléables pendant l'enfance et l'adolescence qu'après. Un changement à l'âge adulte est donc possible, mais plutôt lent, et il passe surtout par des relations durables qui contredisent l'attente initiale.
- Un style d'attachement est-il un trouble ?
- Non. Ce n'est pas une catégorie de santé et cela ne figure dans aucune classification des troubles. Un style décrit une tendance relationnelle mesurée sur deux dimensions continues, l'anxiété d'abandon et l'évitement de la proximité. Une position inconfortable sur ces axes peut faire souffrir, et c'est cette souffrance, pas l'étiquette, qui relève éventuellement d'un professionnel.
- Que veut dire un attachement désorganisé ?
- La description désigne la coexistence de deux mouvements contraires : chercher la proximité et s'en protéger en même temps. C'est aussi la catégorie la plus fragile du modèle. Un texte de consensus signé par plus de quarante chercheurs en 2017 rappelle qu'elle n'est pas un repère validé au niveau individuel et qu'elle ne permet de conclure ni sur l'histoire ni sur l'avenir d'une personne.
Sources
- Ainsworth, M. D. S., & Bell, S. M. (1970). Attachment, Exploration, and Separation: Illustrated by the Behavior of One-Year-Olds in a Strange Situation. Child Development, 41(1), 49-67. DOI 10.2307/1127388 (ouvre un nouvel onglet)Procédure d'observation à l'origine des trois premiers patrons décrits chez le nourrisson.
- Hazan, C., & Shaver, P. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. Journal of Personality and Social Psychology, 52(3), 511-524. DOI 10.1037/0022-3514.52.3.511 (ouvre un nouvel onglet)Première transposition du modèle aux relations amoureuses adultes.
- Bartholomew, K., & Horowitz, L. M. (1991). Attachment styles among young adults: A test of a four-category model. Journal of Personality and Social Psychology, 61(2), 226-244. DOI 10.1037/0022-3514.61.2.226 (ouvre un nouvel onglet)Origine du modèle à quatre cases chez l'adulte.
- Fraley, R. C., Waller, N. G., & Brennan, K. A. (2000). An item response theory analysis of self-report measures of adult attachment. Journal of Personality and Social Psychology, 78(2), 350-365. DOI 10.1037/0022-3514.78.2.350 (ouvre un nouvel onglet)Analyse des questionnaires auto-rapportés : deux dimensions continues plutôt que des catégories.
- Granqvist, P., Sroufe, L. A., Dozier, M., Hesse, E., Steele, M., van IJzendoorn, M., et al. (2017). Disorganized attachment in infancy: a review of the phenomenon and its implications for clinicians and policy-makers. Attachment & Human Development, 19(6), 534-558. DOI 10.1080/14616734.2017.1354040 (ouvre un nouvel onglet)Texte de consensus signé par plus de quarante chercheurs. Rappelle que ce classement n'est pas un repère validé au niveau individuel.
- Fraley, R. C., & Roisman, G. I. (2019). The development of adult attachment styles: four lessons. Current Opinion in Psychology, 25, 26-30. DOI 10.1016/j.copsyc.2018.02.008 (ouvre un nouvel onglet)Synthèse des travaux longitudinaux : liens précoces faibles et inconstants, malléabilité plus grande avant l'âge adulte.
Questionnaires liés
Ces questionnaires portent sur le sujet de ce guide. Chacun affiche l'origine de ses énoncés et son mode de calcul.
Test du style d'attachement
Test du style d'attachement gratuit, en ligne et sans inscription : 24 énoncés, deux dimensions calculées séparément, anxiété et évitement, résultat immédiat.