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Le terme Asperger est-il encore employé ?

  • Rédigé par l'équipe Brain Quiz
  • Mis à jour le 8 août 2026
  • Publié le 8 août 2026
  • 8 min de lecture

Le mot est encore partout : dans les moteurs de recherche, dans les noms d'associations, dans la façon dont beaucoup d'adultes se présentent. Il n'est pourtant plus une catégorie des classifications internationales depuis 2013. Cette page explique ce qu'il désignait, pourquoi il a été regroupé, ce que l'on écrit aujourd'hui, et pourquoi il continue de vivre en dehors des manuels.

1Qu'est-ce que ce terme désignait ?

Le mot vient du nom du pédiatre autrichien Hans Asperger, qui exerçait à Vienne au milieu du vingtième siècle. Il n'est entré dans l'usage international que bien plus tard : c'est la psychiatre britannique Lorna Wing qui l'a proposé comme éponyme dans un article publié en 1981 dans la revue Psychological Medicine.

Les classifications antérieures aux révisions actuelles, la dixième révision de la classification internationale des maladies et la quatrième édition du manuel de l'American Psychiatric Association, en ont fait une catégorie séparée, à côté de l'autisme et de deux autres entrées. Dans l'usage courant, elle a surtout servi à désigner des personnes autistes sans retard de langage ni déficience intellectuelle associée.

Cette nuance explique une partie de la suite. Beaucoup d'adultes ont reçu cette appellation à une époque où l'autisme était encore décrit avant tout comme un tableau de l'enfance avec des difficultés majeures de langage. Pour eux, le mot a servi de porte d'entrée, et il est resté associé à une reconnaissance longtemps attendue.

2Pourquoi a-t-il été retiré des classifications ?

Le DSM-5, publié le 22 mai 2013, a réuni quatre catégories de l'édition précédente, dont le syndrome d'Asperger, sous une seule appellation : le trouble du spectre de l'autisme. La fiche d'information publiée par l'éditeur du manuel en donne la raison retenue à l'époque : les chercheurs constataient que ces catégories séparées n'étaient pas appliquées de la même façon d'un centre à l'autre.

Le changement a été discuté, et il l'a été avec des chiffres. Kristine Kulage, Arlene Smaldone et Elizabeth Cohn ont publié en 2014 une revue systématique et une méta-analyse de quatorze études comparant les deux séries de critères. Toutes rapportaient une baisse du nombre de personnes retenues sous les nouveaux critères, dans une fourchette allant de 7,3 % à 68,4 %, pour une baisse regroupée de 31 % sur l'ensemble du spectre.

La classification de l'Organisation mondiale de la santé a suivi. Sa onzième révision, adoptée à l'Assemblée mondiale de la santé en mai 2019 et mise en application par les États membres à partir de 2022, réunit sous une catégorie unique ce que la révision précédente appelait autisme infantile et syndrome d'Asperger. La formulation est explicite dans l'article de synthèse publié par les responsables de cette révision en 2019.

Une seconde raison, historique celle-là, s'est ajoutée après 2013. En 2018, l'historien de la médecine Herwig Czech a publié dans la revue Molecular Autism une étude d'archives sur l'activité de Hans Asperger dans la Vienne du national-socialisme. Elle documente son adhésion à des organisations liées au régime, son soutien public à des mesures de stérilisation forcée, et sa participation au transfert d'enfants vers un établissement où ils ont été tués.

3Que dire aujourd'hui ?

Le terme neutre est aujourd'hui « trouble du spectre de l'autisme », et dans la langue courante « personne autiste » ou « personne dans le spectre de l'autisme ». C'est ce que ce site emploie, y compris dans le titre de son questionnaire.

  • Plutôt que « syndrome d'Asperger » : « trouble du spectre de l'autisme », ou « autisme sans déficience intellectuelle associée » quand la précision est utile.
  • Plutôt que « Asperger léger » ou « un peu autiste » : décrire les besoins de soutien concrets, domaine par domaine.
  • Pour parler de quelqu'un : reprendre les mots que cette personne emploie pour elle-même.
  • Pour parler de soi : aucun mot n'a à être justifié auprès de qui que ce soit.

Une inquiétude revient souvent : le retrait de la catégorie annule-t-il ce qui a été dit à quelqu'un il y a quinze ans ? Non. La fiche d'information de l'éditeur du DSM-5 indique que toute personne relevant de l'une des quatre anciennes catégories relève des critères du trouble du spectre de l'autisme dans le nouveau manuel, ou d'une autre catégorie plus juste. Le vocabulaire a changé, pas la réalité de ce qui avait été décrit.

4Pourquoi le mot reste-t-il utilisé en ligne ?

Trois raisons, aucune illégitime. D'abord l'usage : des milliers de personnes ont grandi avec ce mot, il figure sur leurs comptes rendus et dans leurs conversations. Ensuite la recherche en ligne, où les requêtes qui le contiennent restent parmi les plus saisies du sujet, ce qui entretient les pages qui l'emploient. Enfin l'identité, qui est la raison la plus forte.

Une enquête publiée en 2016 dans la revue Autism a interrogé 3 470 personnes au Royaume-Uni, adultes autistes, parents, proches et professionnels, sur les mots à employer. Les adultes autistes plaçaient « syndrome d'Asperger » et le diminutif « Aspie » parmi les termes qu'ils apprécient le plus, alors que les parents, les professionnels et l'entourage rejetaient nettement le second. Les auteurs concluent qu'aucun mot ne fait l'unanimité.

L'association nationale britannique pour l'autisme décrit la même situation sur sa page consacrée au terme, mise à jour en juin 2023 : certaines personnes continuent de l'employer pour elles-mêmes, d'autres l'ont abandonné, soit parce qu'il ne figure plus dans les classifications, soit à cause des travaux d'archives sur Hans Asperger. Les deux positions coexistent, et elles se défendent.

5Existe-t-il encore un test Asperger ?

La requête existe toujours, et les pages qui y répondent proposent en général un questionnaire d'auto-observation. Il faut savoir ce qu'elle recouvre : il n'existe pas de questionnaire propre au syndrome d'Asperger, puisque la catégorie n'existe plus dans les classifications. Ce qui circule sous ce nom est un questionnaire sur les traits autistiques à l'âge adulte, quel que soit son titre.

Brain Quiz publie un questionnaire d'auto-observation sur les traits autistiques chez l'adulte : 28 situations concrètes, quatre axes, un résultat immédiat sans compte. Ses énoncés ont été écrits pour ce site à partir de la littérature, aucune échelle publiée n'y est reproduite, et ses seuils n'ont fait l'objet d'aucun étalonnage sur population. Il ne permet ni d'affirmer ni d'écarter un trouble : il aide à mettre des mots avant d'en parler à un professionnel de santé. Le lien figure en fin de page.

Ce que ce guide ne dit pas

Cette page porte sur un mot et sur son histoire. Elle ne décrit ni les critères employés par les professionnels, ni le parcours d'évaluation, ni les formes de soutien, et elle ne remplace aucun avis médical. Elle ne prend pas parti sur les termes que chacun choisit pour se décrire, et les travaux historiques cités concernent une personne, pas les personnes désignées par l'éponyme.

Questions fréquentes

Le terme Asperger est-il encore employé ?
Plus dans les classifications. Le DSM-5, publié en mai 2013, l'a regroupé avec trois autres catégories dans le trouble du spectre de l'autisme, et la onzième révision de la classification internationale des maladies, appliquée à partir de 2022, a fait le même choix. Le mot reste en revanche très employé par les personnes concernées et dans les recherches en ligne, et l'employer pour soi n'a rien d'incorrect.
Faut-il dire personne autiste ou personne avec autisme ?
Les deux circulent. L'enquête britannique de 2016 menée auprès de 3 470 personnes montre qu'aucune formulation ne fait l'unanimité : « autisme » et « dans le spectre de l'autisme » recueillaient l'accord le plus large, tandis que « autiste » et « personne avec autisme » divisaient les groupes interrogés. La règle la plus simple reste de reprendre les mots employés par la personne dont on parle.
Une personne reconnue Asperger avant 2013 perd-elle cette reconnaissance ?
Non. La fiche d'information publiée par l'éditeur du DSM-5 indique que toute personne relevant de l'une des quatre anciennes catégories relève des critères du trouble du spectre de l'autisme dans le nouveau manuel, ou d'une autre catégorie plus juste. Le changement porte sur le vocabulaire et sur le découpage, pas sur les situations décrites ni sur les besoins de soutien.
Pourquoi le nom d'Asperger pose-t-il problème ?
Une étude d'archives publiée en 2018 dans la revue Molecular Autism documente l'activité de Hans Asperger dans la Vienne du national-socialisme, dont sa participation au transfert d'enfants vers un établissement où ils ont été tués. L'association nationale britannique pour l'autisme cite ces travaux parmi les raisons du recul du terme. Ce débat porte sur un nom propre, pas sur les personnes qui l'emploient aujourd'hui.

Sources

  1. American Psychiatric Association (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. American Psychiatric Association, cinquième édition, publiée le 22 mai 2013. DOI 10.1176/appi.books.9780890425596 (ouvre un nouvel onglet)
  2. American Psychiatric Association (2013). Autism Spectrum Disorder. American Psychiatric Association, fiche d'information sur le DSM-5. https://www.kumc.edu/documents/peds/dsm-5-autism-spectrum-disorder-fact-sheet.pdf (ouvre un nouvel onglet)Fiche d'information de l'éditeur du manuel. Copie PDF consultée sur le serveur du centre médical de l'université du Kansas, le site de l'éditeur refusant les consultations automatisées. Consulte le 2026-08-08.
  3. Wing, L. (1981). Asperger's syndrome: a clinical account. Psychological Medicine, 11(1), 115-129. DOI 10.1017/S0033291700053332 (ouvre un nouvel onglet)Article qui a fait entrer l'éponyme dans l'usage international.
  4. Kulage, K. M., Smaldone, A. M., & Cohn, E. G. (2014). How Will DSM-5 Affect Autism Diagnosis? A Systematic Literature Review and Meta-analysis. Journal of Autism and Developmental Disorders, 44(8), 1918-1932. DOI 10.1007/s10803-014-2065-2 (ouvre un nouvel onglet)
  5. Reed, G. M., First, M. B., Kogan, C. S., Hyman, S. E., Gureje, O., Gaebel, W., Maj, M., Stein, D. J., Maercker, A., Tyrer, P., et coll. (2019). Innovations and changes in the ICD-11 classification of mental, behavioural and neurodevelopmental disorders. World Psychiatry, 18(1), 3-19. DOI 10.1002/wps.20611 (ouvre un nouvel onglet)Source de la réunion des catégories de la dixième révision sous une entrée unique.
  6. Organisation mondiale de la santé (2022). WHO's new International Classification of Diseases (ICD-11) comes into effect. who.int, communiqué du 11 février 2022. https://www.who.int/news/item/11-02-2022-who-s-new-international-classification-of-diseases-(icd-11)-comes-into-effect (ouvre un nouvel onglet)Consulte le 2026-08-08.
  7. Czech, H. (2018). Hans Asperger, National Socialism, and "race hygiene" in Nazi-era Vienna. Molecular Autism, 9, 29. DOI 10.1186/s13229-018-0208-6 (ouvre un nouvel onglet)
  8. Kenny, L., Hattersley, C., Molins, B., Buckley, C., Povey, C., & Pellicano, E. (2016). Which terms should be used to describe autism? Perspectives from the UK autism community. Autism, 20(4), 442-462. DOI 10.1177/1362361315588200 (ouvre un nouvel onglet)Enquête auprès de 3 470 personnes au Royaume-Uni.
  9. National Autistic Society (2023). Asperger syndrome (Asperger's). autism.org.uk, page mise à jour en juin 2023. https://www.autism.org.uk/advice-and-guidance/what-is-autism/the-history-of-autism/asperger-syndrome (ouvre un nouvel onglet)Consulte le 2026-08-08.

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