TDAH ou haut potentiel : ce que chacun décrit
Cette page ne cherche pas à vous situer. Elle explique ce que chacune des deux notions désigne réellement, pourquoi les mêmes situations quotidiennes se retrouvent dans les deux descriptions, et ce que la recherche a mesuré sur leur recouvrement. Aucun questionnaire en ligne, y compris ceux publiés ici, ne peut trancher entre les deux.
1TDAH et haut potentiel sont-ils comparables ?
Non, et c'est la première chose à poser. D'un côté, on décrit un fonctionnement attentionnel : des difficultés d'attention, d'organisation ou de régulation, présentes depuis longtemps, dans plusieurs contextes, avec un retentissement mesurable sur la vie quotidienne. De l'autre, on décrit un niveau de performance à un test étalonné, administré individuellement par un professionnel, et comparé à un groupe de référence. Un fonctionnement et un niveau ne se comparent pas plus qu'une couleur et une température.
S'ajoute une difficulté propre au haut potentiel : la notion n'a pas de définition unique. L'analyse de Carman, publiée en 2013 dans le Journal of Advanced Academics, a repris 104 articles empiriques parus dans 38 revues et qui distinguaient des personnes à haut potentiel des autres. Elle constate l'absence de consensus sur ce qui qualifie quelqu'un pour ce groupe, et en tire une conséquence directe : les résultats de ces études sont difficilement comparables entre eux.
Une conséquence pratique en découle. Quand deux personnes discutent de haut potentiel, elles ne parlent pas nécessairement de la même chose : l'une pense à un score obtenu à un test, une autre à un mode de pensée, une troisième à un parcours scolaire. Le TDAH, lui, renvoie à un ensemble de critères écrits, ce qui ne le rend pas plus facile à établir, mais rend au moins la discussion possible.
| Ce que l'on observe | Ce que cela évoque du côté de l'attention | Ce que cela évoque du côté du potentiel |
|---|---|---|
| Décrocher au bout de dix minutes dans une réunion | Difficulté à maintenir l'attention, y compris sur des sujets qui vous intéressent | Attention qui se retire quand la tâche n'apporte plus rien de nouveau |
| Rendre un travail la veille de l'échéance | Difficulté d'initiation et d'organisation, quel que soit l'enjeu | Effort ajusté à ce que la tâche demande réellement |
| Ouvrir cinq sujets et n'en terminer aucun | Difficulté à soutenir l'effort dans la durée | Curiosité large, plusieurs pistes menées en parallèle |
| Se perdre six heures dans une activité choisie | Concentration très inégale selon l'intérêt du moment | Engagement intense dans un domaine investi |
| Oublier un rendez-vous noté le matin même | Difficulté de mémoire de travail au quotidien | Rien de particulier : un niveau de performance élevé ne protège pas des oublis |
2Pourquoi la confusion est-elle si fréquente ?
La revue systématique de Rommelse et ses coauteurs, publiée en 2016 dans Neuroscience & Biobehavioral Reviews, nomme les deux mécanismes en sens inverse. Une intelligence élevée peut imiter les symptômes du TDAH en l'absence des mécanismes propres au trouble. Inversement, le risque qu'un TDAH ne soit pas repéré augmente chez les personnes à intelligence élevée, à cause des stratégies de compensation qu'elles mettent en place.
Autrement dit, l'erreur est possible dans les deux directions, et elle ne se corrige pas en ajoutant des questions à un questionnaire. La revue conclut par ailleurs que, sur les critères examinés, le TDAH reste une notion valide dans le contexte d'une intelligence élevée : les caractéristiques, l'évolution et la réponse au traitement y sont comparables, à l'exception possible de l'hyperactivité, moins spécifique dans ce groupe.
Mullet et Rinn, dans une synthèse publiée en 2015 dans Roeper Review, rappellent que de nombreuses caractéristiques attribuées au haut potentiel recouvrent des symptômes du TDAH, et que deux risques symétriques coexistent : prendre l'un pour l'autre, et ne voir que l'un alors que les deux sont présents. Une décennie de travaux sur le sujet n'a pas fait disparaître le second.
- Les deux descriptions circulent surtout par des listes de traits, or une liste de traits ne dit rien de l'ancienneté ni du coût des difficultés.
- Les deux sont souvent découvertes à l'âge adulte, au même moment de la vie, quand les appuis extérieurs disparaissent.
- Le haut potentiel n'a pas de définition unique, ce qui laisse à chacun la latitude d'y reconnaître ce qu'il observe.
- Une seule des deux notions se mesure avec un instrument administré par un professionnel, et cette différence de méthode passe rarement dans les contenus grand public.
3L'ennui et la distraction sont-ils le même signal ?
C'est l'explication la plus répandue : si un enfant décroche en classe, c'est qu'il s'ennuie. Elle est parfois juste, mais elle ne correspond pas à ce que montrent les données de population. L'étude de Rommelse et ses coauteurs publiée en 2017 dans The British Journal of Psychiatry a analysé la relation entre score de quotient intellectuel et problèmes d'attention chez 2 221 enfants et adolescents de 10 à 12 ans, à partir d'évaluations par les parents, les enseignants et les jeunes eux-mêmes.
Le résultat va à l'encontre de l'idée reçue : un score plus élevé était associé avant tout à moins de problèmes d'attention. Les auteurs concluent que les problèmes d'attention chez les enfants à haute intelligence sont exceptionnels, qu'ils pèsent sur les résultats scolaires, et qu'ils constituent à ce titre un motif d'attention et non une conséquence attendue du niveau.
Sur le plan pratique, la distinction ne se joue donc pas sur l'intensité de la distraction mais sur son périmètre. Un ennui lié à une tâche cède quand la tâche change. Une difficulté d'attention se retrouve aussi ailleurs, y compris dans des activités choisies, et laisse des traces mesurables : retards, oublis, travail refait. Ces éléments-là se notent, ils ne se devinent pas.
- Depuis quand : les mêmes difficultés existaient-elles à l'école primaire, y compris les années où la matière vous plaisait ?
- Dans quels contextes : la gêne disparaît-elle dès que le sujet est choisi, ou revient-elle aussi sur des activités que vous aimez ?
- Sur quoi : porte-t-elle sur l'attention seule, ou aussi sur l'organisation, les oublis et l'agitation intérieure ?
- À quel prix : combien de temps et d'énergie coûtent les stratégies mises en place pour que cela ne se voie pas ?
4Que faire si les deux descriptions vous parlent ?
Commencer par abandonner le ou. L'étude d'Antshel et ses coauteurs, publiée en 2007 dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry, a comparé 92 enfants à haut quotient intellectuel sans TDAH et 49 enfants à haut quotient intellectuel répondant aux critères du TDAH, tous issus des études familiales longitudinales du Massachusetts General Hospital. Le haut quotient intellectuel y était défini par un score total supérieur ou égal à 120.
Comparés aux autres, les enfants du second groupe présentaient plus souvent des antécédents familiaux, redoublaient plus souvent, obtenaient de moins bons résultats à une épreuve de raisonnement visuel, et présentaient un retentissement plus marqué dans plusieurs domaines. Les auteurs concluent que le tableau observé est cohérent avec celui décrit chez des enfants de quotient intellectuel moyen. Les deux configurations coexistent donc, et le ou fait perdre du temps à tout le monde.
- Notez cinq situations précises et datées où la gêne s'est manifestée, avec l'année et le contexte. Un exemple daté vaut mieux qu'un adjectif, et c'est ce qu'un professionnel demandera en premier.
- Pour chacune, notez ce que vous avez mis en place pour que cela ne se voie pas, et ce que cela vous a coûté en temps. C'est cette colonne qui manque le plus souvent.
- Cherchez si les mêmes situations existaient à l'école primaire, y compris les années intéressantes.
- Parlez-en à votre médecin traitant en apportant ces notes. C'est lui qui oriente vers le professionnel adapté, et l'attente est souvent longue.
- Si la question du niveau de performance intellectuelle vous importe pour elle-même, sachez qu'elle relève d'un acte distinct : un test étalonné, administré individuellement par un psychologue. Aucun questionnaire rempli seul, quel qu'il soit, ne remplace cet acte.
Le questionnaire d'auto-observation TDAH adulte publié ici peut aider à mettre des mots sur ce que vous observez avant d'en parler. Il est accessible depuis le bloc en fin de page. Il ne permet ni d'affirmer ni d'écarter un trouble, et il ne dit rien du niveau de performance intellectuelle.
Ce que ce guide ne dit pas
Cette page compare ce que désignent deux notions et explique pourquoi la question de l'une ou de l'autre est mal posée. Elle ne décrit ni les critères utilisés par les professionnels, ni les modalités d'un test étalonné, ni les prises en charge, et elle ne remplace aucun avis professionnel. Brain Quiz ne publie aucun questionnaire de potentiel intellectuel. Le questionnaire lié en fin de page est une auto-observation : il ne permet ni d'affirmer ni d'écarter un trouble.
Questions fréquentes
- TDAH ou haut potentiel, comment savoir ?
- La question ne se règle pas en ligne, et pas seulement par prudence : les deux notions ne se mesurent pas de la même manière. Le fonctionnement attentionnel s'évalue par un entretien qui reconstitue une histoire, le niveau de performance intellectuelle par un test étalonné administré individuellement par un psychologue. Un questionnaire rempli seul ne fait ni l'un ni l'autre, et les deux peuvent être présents ensemble.
- Peut-on avoir un TDAH et un haut potentiel en même temps ?
- Oui. L'étude d'Antshel et ses coauteurs publiée en 2007 a comparé 92 enfants à haut quotient intellectuel sans TDAH et 49 qui répondaient aussi aux critères du TDAH, et a conclu que le tableau observé chez ces derniers était cohérent avec celui décrit chez des enfants de quotient intellectuel moyen. La revue de 2016 de Rommelse et ses coauteurs va dans le même sens.
- Un questionnaire en ligne peut-il départager les deux ?
- Non, et aucun questionnaire sérieux ne le prétend. Ce qui distingue les deux lectures n'est pas le comportement observé mais son ancienneté, sa constance d'un contexte à l'autre et son coût. Un questionnaire court ne recueille aucun de ces trois éléments, puisqu'il ne pose aucune question sur votre histoire. Il peut en revanche vous aider à préparer ce que vous direz à un professionnel.
- Le haut potentiel est-il un trouble ?
- Non. C'est un niveau de performance à un test, comparé à un groupe de référence, et non un trouble de santé. La notion n'a d'ailleurs pas de définition unique : l'analyse de Carman publiée en 2013 a repris 104 articles empiriques parus dans 38 revues et constate l'absence de consensus sur ce qui qualifie quelqu'un pour ce groupe.
Sources
- Rommelse, N., van der Kruijs, M., Damhuis, J., Hoek, I., Smeets, S., Antshel, K. M., Hoogeveen, L., & Faraone, S. V. (2016). An evidenced-based perspective on the validity of attention-deficit/hyperactivity disorder in the context of high intelligence. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 71, 21-47. DOI 10.1016/j.neubiorev.2016.08.032 (ouvre un nouvel onglet)
- Rommelse, N., Antshel, K., Smeets, S., Greven, C., Hoogeveen, L., Faraone, S. V., & Hartman, C. A. (2017). High intelligence and the risk of ADHD and other psychopathology. The British Journal of Psychiatry, 211(6), 359-364. DOI 10.1192/bjp.bp.116.184382 (ouvre un nouvel onglet)Étude en population générale portant sur 2 221 enfants et adolescents de 10 à 12 ans.
- Antshel, K. M., Faraone, S. V., Stallone, K., Nave, A., Kaufmann, F. A., Doyle, A., Fried, R., Seidman, L., & Biederman, J. (2007). Is attention deficit hyperactivity disorder a valid diagnosis in the presence of high IQ? Results from the MGH Longitudinal Family Studies of ADHD. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 48(7), 687-694. DOI 10.1111/j.1469-7610.2007.01735.x (ouvre un nouvel onglet)Haut quotient intellectuel défini par un score total supérieur ou égal à 120.
- Carman, C. A. (2013). Comparing Apples and Oranges: Fifteen Years of Definitions of Giftedness in Research. Journal of Advanced Academics, 24(1), 52-70. DOI 10.1177/1932202X12472602 (ouvre un nouvel onglet)Analyse de 104 articles empiriques publiés dans 38 revues.
- Mullet, D. R., & Rinn, A. N. (2015). Giftedness and ADHD: Identification, Misdiagnosis, and Dual Diagnosis. Roeper Review, 37(4), 195-207. DOI 10.1080/02783193.2015.1077910 (ouvre un nouvel onglet)
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